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Éloge de l'interdit
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Sortie: 2010
Editions: Eyrolles

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Sortie: 2007
Editions: Payot

Plaidoyer pour la différence des sexes

- Réflexions - Jeudi 17 Avril 2014

Plaidoyer pour la différence des sexes

Chers lecteurs,
Je vous présente aujourd'hui un texte qui m'a été inspiré par l'actualité. En effet, nombreux sont ceux qui paraissent désorientés par la théorie du genre.
En particulier, parents et enseignants sont souvent déstabilisés par la pression que l'on exerce sur eux, et culpabilisés.
J'espère leur apporter un éclairage différent.
La solution n'est pas de sacrifier une partie de sa féminité mais au contraire de la laisser s'épanouir totalement.
Avec toute mon amitié, Gabrielle.

Comme nous l’a enseigné Esope, tout peut être la meilleure ou la pire des choses, et les certitudes partagées n’échappent pas à cette règle. Mais si on prend le temps d’y réfléchir on parvient finalement à savoir si on doit les préserver ou les remplacer.

Certaines certitudes erronées comme, par exemple, "Le Soleil tourne autour de la Terre" ou "Il est impossible de faire voler un objet plus lourd que l’air" ont longtemps été des évidences pour le plus grand nombre, mais elles ont été abandonnées quand on a pu démontrer qu’il n’en était rien.

D’autres, comme la répartition sexuelle des tâches, ont pu avoir leur utilité lors de la préhistoire de l’humanité car il n’est pas impossible que cela ait eu pour but de mettre les mères –et donc les enfants– à l’abri des dangers de la chasse.
Mais il n’est que trop vrai que c’est ensuite devenu un instrument d’injustice et d’oppression, voire même d’esclavage, qu’il était nécessaire de faire disparaître le plus rapidement et le plus radicalement possible.

Toute société, comme tout individu, doit donc constamment remettre ses certitudes en question et en changer si elles sont nocives ou obsolètes.
Mais avant de "faire la toilette" de nos certitudes il nous faut avoir trouvé les points d’appui capables d’étayer la nouvelle façons de penser.
C’est d’ailleurs une précaution indispensable dans bien des domaines car elle concerne les individus, les sociétés et même les objets.

Ces derniers ne doivent en effet leur stabilité, leur fiabilité et leur utilité qu’à ce qui assure leur cohésion : vis, boulons, rivets, tenons/mortaises ou autres. Si on ôte les liens, tout s’effondre et on n’a plus devant soi qu’une inutilisable ruine.
Le parler populaire, qui traduit souvent des réalités cachées nous dit, lorsqu’un groupe menace de se déliter, qu’il faut "serrer les vis" et lorsque c’est impossible, on dit qu’il faut "déboulonner" celui qui fait obstacle.
Les liens qui tiennent ensemble notre psychisme sont immatériels mais ils sont soumis à la même nécessité de ne jamais ôter un "boulon psychique" avant de pouvoir lui en substituer un autre, à la fois semblable et différent.

Semblable, car il doit avoir certaines des indispensables qualités du précédent, mais différent parce que, tout en étant aussi puissant et aussi efficace, il doit être moins rigide et donc capable de s’adapter à de nouvelles nécessités.
Les théories du genre qui secouent actuellement l’opinion relèvent de cette problématique : faut–il abandonner notre certitude que chacun des deux sexe est –et doit demeurer– bien différencié, ou faut–il au contraire les rendre aussi semblables que possible?

Les philosophes débattent savamment de ce problème, mais j’aborderai ici cette question uniquement par ce qui, véhiculé par le tamtam des médias et du bouche à oreille, trouble et inquiète les simples citoyens.
Ce qu’ils lisent ou entendent leur propose –voire leur impose– d’accepter l’idée que, comme le disait la célèbre phrase de Simone de Beauvoir dans son livre ‘Le deuxième sexe’ : "On ne nait pas femme, on le devient" et on  ajoute que penser le sexe en tant que donnée biologique est une erreur, puisque c’est en réalité un fait de société. D’où il résulte que le vrai déterminant est le genre et non le sexe biologique, le genre étant ce qui décide de la masculinité ou de la féminité de chaque individu.

Il faut donc changer le regard de la société dans ce sens pour tendre à supprimer la différence entre le masculin et le féminin et rétablir ainsi l’égalité entre les deux sexes.

Cette façon de penser, qui mène in fine à l’indifférenciation sexuelle, me semble inadéquate et nocive car, là comme ailleurs, ce sont nos différences qui nous enrichissent.

Ce qui est exact par contre, c’est que les hommes et les femmes sont égaux, que la société doit les considérer ainsi et que chacun doit s’employer à faire triompher cette façon de penser.

Mais l’égalité n’est pas l’identité, et d’ailleurs ce n’est pas parce qu’elles sont des femmes que les hommes les ont infériorisées, c’est parce qu’il est commode d’avoir des esclaves à son service. Comment y renoncer si l’on n’y est pas obligé alors que même le plus miséreux des hommes a toujours à son service une esclave qui le sert : sa femme.

Freud nous a appris que les historiettes qu’on raconte en riant sont en réalité pleines d’enseignements[1].
En voici une qu’on racontait il y a quelques années : Aurélie avait longtemps été l’employée de maison d’une famille composée des parents et de leurs deux jeunes enfants. Elle était chargée du ménage, des courses et de la cuisine, et son salaire était convenable mais, après quelques années, elle avait quitté ses patrons avec leur accord.
Son ex patronne, rencontrée par hasard quelques années plus tard, lui avait demandé des ses nouvelles et elle avait voulu savoir si Aurélie était contente de sa nouvelle vie.
"Oui, avait répondu celle–ci, mais il y a vraiment trop de travail, car je dois faire le ménage, les courses et la cuisine, comme chez vous mais en plus je conduis et vais rechercher les trois enfants à l’école, je surveille leurs devoirs, je leur fais réciter leurs leçons, je prépare le dîner, et  je les mets au lit avant de ranger la cuisine et le salon. Et en plus, lorsque je vais me coucher morte de fatigue, ce monsieur veut encore qu’on fasse l’amour".
Effarée, l’ex patronne s’était exclamée : "Mais pourquoi ne quittez–vous pas un pareil patron ?" Et Aurélie de répondre "Ah, madame, je ne peux pas : c’est mon mari !".

Je propose donc cette phrase :
‘On ne nait pas esclave, on le devient’ pour affirmer que ce n’est pas le sexe biologique qui crée cet esclavage mais ceux qui se servent de cette discrimination sexuelle commode pour affirmer leur emprise et asseoir leur domination sur les femmes.

Ce système est même si efficace que lorsqu’on ne peut pas dominer une personne ou un groupe par ses propres qualités on le fait en l’infériorisant, ainsi qu’on le voit encore trop souvent envers ceux qui n’ont pas la "bonne" couleur de peau, la "bonne" religion, ni surtout le "bon" sexe.
Le problème n’est donc pas d’être une femme, c’est qu’on la considère comme une citoyenne de seconde zone.

Et par conséquent la solution n’est pas d’abandonner une part de sa féminité pour se faire accepter mais au contraire de l’affirmer en refusant toute infériorisation.

Il y a actuellement un ‘bourrage de crâne’ qui voudrait nous faire croire qu’on parviendra à l’égalité en rendant les femmes moins féminines et les hommes moins masculins, alors que le but à atteindre n’est pas d’uniformiser les sexes mais bien de faire en sorte qu’ils soient égaux et différents.

Nous n’en sommes pas encore là, et il reste beaucoup à faire pour obtenir l’égalité, mais dans les Congrès, lors de tables rondes ou à la T.V., on voit constamment débattre à égalité des hommes et des femmes.
Elles sont là en tant qu’expertes de haut niveau : économistes, médecins, climatologues, journalistes, astronautes, cinéastes, sportives, scientifiques de toutes les disciplines etc.
Certaines portent des vêtements très féminins, d’autres des habits plus neutres, mais il ne viendrait à l’esprit de personne, ni de l’animateur, ni de leurs collègues, ni surtout d’elles–mêmes, l’idée qu’elles pourraient être considérées comme inférieures parce qu’elles sont des femmes.
Car ce n’est ni le sexe ni la façon dont on est habillé(e) qu’on doit prendre en compte, c’est la compétence de chacune et de chacun.

C’est ce qu’a montré le film "La journée de la jupe", où l’on voit Isabelle Adjani aller jusqu’à faire le sacrifice de sa vie (tout en sauvant celle de l’élève qui l’avait rabaissée en tant que femme) pour être jugée non sur le fait qu’elle portait une jupe mais sur ses qualités d’enseignante.
Elle avait été acceptée par les petits mâles fanfarons de sa classe tant qu’elle avait porté un  pantalon[2] ce qui, à leurs yeux, la privait d’une part de sa féminité. Mais porter une jupe ? Holà ! C’était inacceptable, et seules les mères ont le droit de porter une jupe ou une robe car "Toutes les femmes sont des putes sauf ma mère" et "Fais le ménage et la cuisine, occupe–toi des enfants et tais–toi" est le credo de ces petits imbéciles.

Les enseignants sont confrontés à ce problème : si l’on demande aux enfants de dessiner une femme, ils ont tendance à lui mettre une robe et des bijoux. Est–ce un stéréotype ?

La réponse est oui, mais qui est nécessaire, parce que les enfants ont besoin de deux modèles différents d’identification pour se construire.
Et c’est aussi pour cela qu’il faut laisser les fillettes choisir librement une poupée plutôt qu’une mitraillette comme cadeau de Noël : elles apprennent ainsi leur futur rôle de mère.

C’est la différentiation qui est importante, pas la façon dont on la traduit : les Ecossais portent des jupes et n’en sont pas moins virils pour cela. Vouloir uniformiser les sexes est une erreur, car cela revient à confondre être égaux et être identiques. Nous devons être égaux et différents, car être égaux, ce n’est pas renoncer à s’affirmer en tant que femme, c’est s’épanouir en remplissant tout l’espace et toutes les possibilités que cela nous offre, alors qu’aller vers une identité entre hommes et femmes diminue nos facultés créatrices parce qu’elle nous propose l’uniformité d’un seul modèle.

Et aussi parce que la supériorité ou l’infériorité d’un être humain ne tient ni à son sexe, ni à sa couleur de peau, ni à sa religion, ni à sa place dans la société : elle ne peut être mesurée qu’à l’aune de ses qualités morales. 


Gabrielle Rubin © tous droits réservés
 


[1] S. Freud : Le mot d’esprit et ses rapports avec l’Inconscient.
[2] Il leur avait sans doute échappé que les pantalons que portent les femmes sont féminins, de même qu’elles n’achètent pas leurs bottines chez un chausseur pour hommes.